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Algérie bouleversante, Algérie naissante - Journal du Goncourt des lycéens
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Algérie bouleversante, Algérie naissante

vendredi 6 octobre 2017Comité de rédaction

Voici ce qu’écrit Flavie Thellier, élève du lycée Coubertin de Calais, l’une des vaillantes lectrices-guerrières d’Achille, sur L’Art de perdre, un art qu’elle ne maîtrise pas vraiment puisqu’elle préfère gagner, mais c’est une autre histoire...

L’Art de perdre d’Alice Zeniter peut être considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature contemporaine. Cette lecture habite littéralement le lecteur grâce à l’attachement que l’on éprouve au fil de notre lecture envers les personnages. En effet, ils nous font partager leurs souffrances, amours, désillusions et plus particulièrement leur vie quotidienne. A travers trois générations, Zeniter nous relate une histoire culturelle trop souvent oubliée de l’Algérie : des parents se sacrifiant pour l’avenir de leurs enfants, des traditions tues, la place des femmes dans cette société. On y découvre la vie de femmes répudiées si elles n’arrivent pas à porter un fils ou si elles demeurent des "ventres secs" ou encore les mariages forcés et arrangés. On y lit également des faits historiques qui tombent dans l’oubli d’une Histoire grandiose comme l’incompréhension entre Kabyles et Arabes, le combat douloureux pour l’indépendance d’une patrie, le rôle du FNL ou encore les attentats d’Alger ainsi que les Accords d’Evian.

Le début du roman nous transporte dans une Algérie des années trente. Dans cette première partie, le narrateur nous raconte l’histoire d’Ali, un Kabyle, fils d’agriculteur à qui la chance sourit. Il parvient à s’enrichir dans la culture d’oliviers. Mais "les évènements" vont changer le destin des hommes de la Kabylie et en l’occurrence celui d’Ali et de sa famille. Dans la deuxième partie, Ali vit avec sa famille dans un camp en France tandis qu’Hamid, son fils, se sent incompris. Un fossé entre le père et le fils se crée donc dans ce camp où règne la misère. Parallèlement Naïma, petite-fille d’Ali, vit sur Paris. Peu de temps après les attentats de 2015, elle commence à se poser des questions sur le passé de sa famille dont elle ignore tout. Naïma a oublié l’Algérie ou du moins ne l’a jamais connue. Elle tient à connaître sa culture qu’elle porte tous les jours sur sa peau bronzée, ses cheveux noirs et son prénom.

Ce livre nous transporte dans le temps et dans l’espace par le biais de destins brisés par l’Histoire avec sa grande hache, des conséquences de la colonisation, de l’exil ainsi qu’une quête des origines mal connues aux yeux de Naïma. Ce roman retranscrit beaucoup d’amour et d’émotions malgré les difficultés qu’éprouvent les personnages à dire "je t’aime" ou encore "je te comprends". Alice Zeniter amène les sujets sensibles de la société d’aujourd’hui et d’hier mêlant passé et présent avec les attentats terroristes en France, l’inquiétude qui monte d’un cran, la colère et la difficulté à trouver sa place ainsi qu’une peur grandissante, avec son style à la fois élégant et brutal. Elle n’hésite pas à nous confier la souffrance d’un peuple et tout particulièrement celle des harkis tout comme celles de leurs enfants.

Flavie