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L’effet coup de poing du roman, "Le Malheur du bas" - Journal du Goncourt des lycéens
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L’effet coup de poing du roman, "Le Malheur du bas"

samedi 6 octobre 2018Comité de rédaction

Des impressions complètes et explicites illustrées par un superbe dessin simple et révélateur !

Le Malheur du bas,
d’Inès Bayard

« Au cœur de la nuit face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée
par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche
du destin sur les vies jugées
trop simples. »
Le titre est évocateur et intrigant, cependant il n’alerte pas le lecteur sur la manière dont il va plonger, avec la protagoniste, dans l’horreur. Pourtant ce titre, mystérieux et obscur, résume les thèmes abordés à travers ce roman.
Comme un coup de poing, la première phrase du roman annonce la couleur, noire. Aussitôt, est évoqué l’infanticide, un des sujets les plus tabous de notre société.
C’est ainsi que dans tout le roman, Inès Bayard s’attaque avec des mots simples, directs et efficaces à tous les tabous qui entourent la femme dans notre société judéo-chrétienne. D’ailleurs le choix du prénom « Marie » n’est pas innocent puisque ce prénom évoque immédiatement la Vierge Marie, c’est à dire la « mère par excellence », l’Immaculée Conception, la pureté, l’innocence.
Peu à peu, se fissure la carapace des tabous de notre société, les mots sont forts et durs. Dans le livre, Marie a une vie belle et pleine de joies, puis c’est la descente aux enfers. Marie n’a parlé de son viol à personne, elle s’enfonce de plus en plus. Elle plonge en enfer, celui du silence, épais, assourdissant, étouffant.
L’écrivain, Inès Bayard veut montrer à la fois les conséquences du viol sur la femme, et montrer que justement avec la puissance des mots, la littérature peut exprimer tout ce qui se passe à l’intérieur d’un corps de femme, d’un cœur de femme.
Le mot « bas » désigne le fond dans cette descente aux enfers mais aussi la façon dont on a pu représenter parfois la sexualité féminine : la grossesse, les règles...
Ce roman ne s’adresse pas seulement aux femmes. Il dit aussi aux hommes ce que traverse cette femme après son viol, sa souffrance psychologique et physique. Les mots qu’elle emploie à travers ce roman sont des mots simples, des mots justes, la société et le contexte du roman les rendent tabous et comme « sales ». L’auteur, par l’écriture des mots, se met dans le corps de la victime, une victime muette.
J’ai beaucoup apprécié ce roman avec la prolepse qui nous prend aussitôt dans les filets de l’histoire. L’auteur utilise le présent afin de mieux se positionner dans la peau du personnage. Malgré la violence de cet homme, il y a de nombreuses émotions et en effet Inès Bayard met en avant son engagement contre ce type d’abomination.
C’est un livre marquant et poignant, je le recommande.
Après avoir refermé le roman, on se pose quelques questions :
- Est-ce que l’on peut se reconstruire complètement après un viol ?
- Peut-on s’imaginer le traumatisme que ressentent toutes les victimes ?
- Les mots peuvent-ils tout ?
- Est-ce le silence qui tue ?
Aujourd’hui, beaucoup de personnes témoignent, en majorité des femmes. Elles expriment leurs sentiments, leurs jugements face à ce traumatisme.
La plupart des victimes arrivent à « surmonter » cette blessure morale et physique qui est irréversible mais elles restent meurtries. Certaines ne s’en remettent jamais.
« Il n’avait existé qu’un seul drame dans sa vie suffisamment fort pour
qu’elle passe à l’acte. »

Jessica et Chloé 1L1 Lycée L. Bonaparte Ajaccio