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Critique de ’Un monde sans rivage ’ par la TL du Lycée Marcelin Berthelot

mercredi 6 novembre 2019comiteredaction2019

Auriane C. de Terminale Littéraire nous a envoyé sa critique de Un monde sans rivage d’Hélène GAUDY.

Un monde sans rivage  : conquête d’une page blanche

« Du ciel, il ne verrait plus rien de ces fâcheux détails, tout soudain prendrait sens, comme un message dont il faut s’éloigner pour le lire en entier. » Ainsi pourrait être résumé le fol espoir de Salomon August Andrée, Knut Frænkel et Nils Strindberg lorsqu’en 1897, ils s’élancent en montgolfière vers l’Arctique, à la recherche du supposé dernier continent qu’ils atteindront d’une manière tragique – et de la gloire, qu’ils n’atteindront jamais. Les aventuriers disparaissent, et l’espoir de les retrouver s’éteint jusqu’en 1930 où, sur l’île Blanche, une exceptionnelle fonte des glaces dévoile des corps et les restes d’un campement de fortune. Parmi les vestiges, des rouleaux de pellicule abîmés, qui vont miraculeusement devenir des images puis, des années plus tard, ce livre.
Paru chez Actes Sud, le sixième roman pour adultes d’Hélène Gaudy conserve ses thèmes de prédilection : contrées lointaines et irréelles, souvenirs d’un amour, de la chaleur d’un foyer ou de la reconnaissance d’une nation, qui nourrissent et influencent les personnages. Et c’est avec une rigueur scientifique qu’elle s’attache à dépeindre sous forme de journal à voix alternées - la sienne, et celle de ses personnages - les motivations, les enjeux de ces Suédois moins explorateurs aguerris qu’intellectuels ingénieusement fous.
Inventer le portrait d’hommes dont on ne sait presque rien, à l’aide de quelques photographies, morceaux du journal d’Andrée paraissant vide de sens – un défi démesuré, que l’écrivaine relève avec brio. Un souffle puissant flotte sur le récit. Les visages hagards, burinés de ces trois hommes au destin tragique se dessinent au fil des pages. L’espoir sans faille qui les tient éveillés des heures durant, seule barrière contre l’abandon, contre la mort qui pourtant viendra les prendre, traverse le temps pour venir toucher le lecteur au plus profond de lui-même. L’on comprend leur quotidien sordide dans un monde immaculé taché d’écarlate – du sang de ces ours tués pour leur chair, leur fourrure, par peur de la mort. Le roman prend dès lors une tournure engagée, puisqu’à travers la folie de ces aventuriers, Hélène Gaudy dévoile la chasse massive décimant les populations polaires, parfois jusqu’à les menacer d’extinction. De plus, sous couvert d’un roman d’aventure, elle invite le lecteur à se questionner sur l’impact du réchauffement climatique qui entraîne la fonte des glaces et, à terme, la disparition de ce « continent ». La photographie semble alors destinée à demeurer le seul souvenir de ce bout du monde si hostile, demeurer le seul souvenir des amours lointaines ou perdues, des malheurs, des bonheurs : le seul souvenir visible, finalement, de l’humanité.
La poésie du récit enfin nous entraîne dans cette immensité blanche, et éveille en nous un besoin d’accomplissement, de folie, d’aventure, à la recherche de nos limites. Mais ce roman-journal explore plus qu’un voyage dans le Grand Nord ; il explore l’âme de ces êtres humains qui, anéantis par les conditions extrêmes, ne trouvent d’autre choix pour garder la raison que de se rapprocher, de s’accepter - c’est ainsi que trois solitudes se rejoignent malgré elles pour n’en former plus qu’une, jusqu’à l’oubli parfois de leur propre identité… Car, finalement, « que garde-t-on de soi quand on est devenu le maillon d’une chaîne, un atome indifférencié ? »
Un petit bijou à lire de toute urgence.

Pour le comité de rédaction, Lola