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Une critique du roman de Nathacha Appanah, le ciel par-dessus le toit

vendredi 11 octobre 2019comiteredaction2019

Bonjour ! Aujourd’hui, le comité de rédaction vous propose une critique du roman de Nathacha Appanah, Le ciel par-dessus le toit. Rose Kouznetzoff, élève de terminale L au lycée Marcelin Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, a écrit une critique très détaillée de ce livre qui l’a profondément marquée. Elle y a joint un dessin de sa main représentant pour elle Phénix.

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans

« Il était une fois, un pays qui avait construit des prisons pour enfants parce qu’il n’avait pas trouvé mieux que l’empêchement, l’éloignement, la privation, la restriction, l’enfermement et un tas de choses qui n’existent qu’entre les murs pour essayer de faire de ces enfants-là des adultes honnêtes, c’est-à-dire des gens qui filent droit. » Il était une fois, donc, Écrou 16587, un jeune garçon de 17 ans que sa mère avait appelé Loup, qui se voit emmené là où le ciel n’est perceptible qu’à travers les barreaux de fer. Mais l’histoire ne débute pas ici. Pour comprendre, il faut revenir des années auparavant et retrouver Éliette, celle avec qui tout a commencé.

Le ciel par-dessus le toit, dixième roman de Nathacha Appanah, a été publié ce 22 août 2019 aux éditions Gallimard. Le titre de l’ouvrage fait bien sûr allusion aux vers de Verlaine « Le ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme… » et pour cause : il traite un sujet difficile, celui de l’enfermement, le même que vivait Verlaine au moment de l’écriture de ce poème. Nathacha Appanah revient en force avec une œuvre à plusieurs voix, tendre et violente à la fois. Elle joue d’un style lyrique mais percutant qu’elle avait déjà affirmé dans Tropique de la violence en 2016.

Nathacha Appanah nous offre ici une œuvre magistrale qui surprend et émeut autant qu’elle interroge et remet en question. D’une écriture simple mais pourtant riche et tendre, elle permet à tout type de lecteur d’apprécier l’histoire, tout en y plaçant judicieusement de belles envolées lyriques qui lui donnent un air de poème à trois voix. En effet cette œuvre est tout public d’autant plus qu’elle change régulièrement de point de vue, narrant l’histoire tantôt du point de vue de la mère, tantôt de la fille, ou du fils. Ce dernier demeure le plus bouleversant car plus jeune et plus sensible. Le livre est d’ailleurs introduit par un poème écrit de la main de Loup : « Chaque son se ramasse, se flétrit, s’éteint. Bientôt ne reste plus que le bruit blanc que fait mon cœur ».
Le thème de l’enfermement, courant dans la littérature (on peut citer Hugo, Camus, Dumas…), est ici traité de manière novatrice et, on peut l’affirmer, plus vraie. En effet, tout en restant dans une narration à la troisième personne, l’auteure réussit ici à parfaitement capter et retranscrire les sensations de Loup, devenu pour huit jours Écrou 16587. « Il somnole peut-être et, parfois, il entend sa propre voix qui crie. Qu’est-ce qu’elle crie ? » C’est un nouveau Meursault, plus jeune, tout aussi muet et lunatique, que nous offre le personnage de Loup. Il n’exprimera d’ailleurs ses pensées qu’au dernier chapitre, à la manière du héros de Camus dans l’Étranger.
Cette lecture constitue enfin une belle leçon de vie puisqu’au-delà du thème de l’enfermement, elle traite d’autres sujets plus universels tels que le rapport aux autres ou la construction de l’identité. Ainsi, à travers la petite Éliette, c’est toute cette période de l’enfance qui est dépeinte, puis la rupture nécessaire provoquée par une insatiable envie d’aller de l’avant, de vivre, enfin, d’entrer dans un monde jusqu’alors interdit. « Il faut bien, un jour, arracher à coup de dents sa place au monde. » Cependant la déchirure peut parfois s’avérer trop grande, trop profonde, et perdurer à vie. De ce fait, ce roman s’attarde sur les erreurs humaines et la difficulté que l’on peut ressentir à retrouver des liens enfouis sous une montagne de non-dits. C’est cela même que le personnage de Loup incarne : le besoin de retrouver des liens familiaux brisés par sa mère il y a bien longtemps, afin de se construire une identité. « Parfois, il faut savoir pour continuer à vivre. » Sachant cela, comment le blâmer pour le délit qu’il a commis ? Après tout, on n’est pas sérieux quand on a 17 ans…
Toutefois, bien qu’il traite de sujets sombres, ce roman reste tendre et plein d’espoir puisqu’il incite au pardon et prône l’importance des mots au sein d’une famille. Des mots qui, parfois, ne peuvent être prononcés sans élément déclencheur, fût-il un déraillement. Ceci, Loup, Phénix et Paloma l’ont appris à leurs dépens. Le lecteur aussi. « Il a goûté aux mots qui n’ont plus de sens lorsqu’ils sont dits face à un mur. »

Le ciel par-dessus le toit est en conclusion un roman à (re)lire absolument et que l’on peut résumer par les quelques vers de fin du poème dont il porte le nom. « Qu’as-tu fait, ô toi que voilà Pleurant sans cesse, Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, De ta jeunesse ? »

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