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Interview d’Adeline Dieudonné - Journal du Goncourt des lycéens
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Interview d’Adeline Dieudonné

dimanche 2 décembre 2018Comité de rédaction

En début d’après-midi dans la salle de rédaction de notre journal, nous avons reçu Adeline Dieudonné. Elle a répondu à nos questions.

Qu’est-ce que représente pour vous La Vraie Vie ?

« D’un point de vue personnel, c’est ma clé pour la liberté. Grâce à La Vraie Vie, maintenant je peux être un auteur. Vraiment, vivre de ça et le faire à temps plein. Ça me montre la possibilité d’autres collaborations. Je rentre dans la cour des créateurs et c’est quand même très très agréable. »

Quel est le moment qui vous a le plus marqué dans l’aventure Goncourt des lycéens ?

« Et bien, c’était ici à Rennes, le 12 octobre, je m’en rappelle bien parce que c’était mon anniversaire. Et donc, vous avez chanté à 300 dans l’amphithéâtre. Vous avez chanté « Joyeux anniversaire ». J’ai dû contenir un peu mon émotion parce que finalement, dans toute cette tournée promo, je suis loin de ma famille et de mes proches. Je suis dans des moments où je n’ai pas eu beaucoup de contacts avec mes amis et j’ étais un peu triste d’être loin pour mon anniversaire. E là d’un coup, d’avoir 300 personnes qui chantent « Joyeux anniversaire » comme ça. J’ai vraiment dû retenir mes larmes. Là où je ne les ai pas retenues par contre, c’est à la fin. On devait remonter dans la voiture parce qu’on avait pris du retard et je n’ai pas eu le temps de faire des dédicaces. Zapper les dédicaces, c’est la seule fois que c’est arrivé. Juste avant de monter dans la voiture, mon éditrice m’a dit : « Attends, attends ! Il y a juste des lycéens qui veulent te voir. » Je suis arrivée dans l’amphithéâtre et il y avait 30 personnes qui voulaient des dédicaces. Et surtout, elles avaient préparé des cadeaux et ça je ne m’y attendais pas du tout. C’était la première fois que j’en recevais de mes lecteurs. J’ai vraiment eu juste le temps d’attraper les cadeaux et on est venu me chercher en disant « Il faut remonter dans la voiture maintenant sinon vous allez rater le train. J’ai dû partir et j’étais hyper frustrée, hyper triste et en même temps émue et j’ai commencé à pleurer. Donc ça je crois que c’était le moment le plus fort de toute la tournée du Goncourt. »

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que votre roman faisait partie des 5 derniers en lice ?

« On attendait, on était un peu fébrile avec ma maison d’édition et donc on a crié comme à chaque fois. En plus, c’est rigolo, parce que il y a quasi que des filles dans toute l’équipe qui est autour de moi. Et du coup, chaque fois elles m’appellent, elles mettent le haut-parleur, en disant « Didi, tu es prête ? » (On m’appelle Didi à la maison d’édition) « Oui, quoi ? » « On est dans la sélection !! » Et là du coup, ça fait « WAAAH » ; 10 filles qui se mettent à hurler en même temps. »

Est-ce que l’écriture représente un besoin pour vous ?

« Ça l’est devenu, oui. C’est-à-dire que j’ai commencé à écrire par nécessité et c’est vrai que ça a été une super bonne réponse aux difficultés que je rencontrais à ce moment-là et donc maintenant ça l’est devenu. C’est ce qui fait que là je suis un petit peu névrosée ça fait 3 mois que je n’ai quasiment pas écris. Enfin, j’ai écrit des petits trucs comme ça qu’on m’a demandé mais je n’ai pas écrit une vraie histoire. Je suis impatiente, parce que là, on a convenu avec ma maison d’édition qu’ à partir de janvier, on restreignait un petit peu les rencontres. Ça m’embête parce que ça veut dire que je vais refuser des trucs mais j’ai besoin là de m’y remettre. »

Pouvez-vous nous en dire plus sur cet élément déclencheur de l’écriture ?

« C’était une année particulière, j’étais en pleine crise existentielle. En fait, je faisais un boulot qui ne me convenait pas et dans lequel je ne trouvais pas de sens. Et puis, surtout par rapport à mes enfants (parce que j’ai 2 enfants), et je suis très très inquiète du monde dans lequel je les ai mis. Le monde est violent, ça ne date pas d’hier, mais la violence a commencé à devenir complètement insupportable. A ce moment-là, un copain m’a dit " écoute, je crois que tu devrais écrire". Je me suis dit de toute façon, je ne vois pas ce que je peux faire d’autre et c’est vrai que quand j’ai commencé à écrire ça m’a permis de prendre de la distance en fait avec tout ça et de pouvoir lâcher un peu mes émotions négatives. C’est comme ça que c’est venu et que je me suis dit que ça participait vraiment à mon équilibre de pouvoir un moment évacuer. »

L’aventure du Goncourt des lycéens, qu’en retenez-vous ?

« Pleins de choses ! Déjà je me suis fait des copains (au sein des auteurs de la sélection) donc ça c’est assez chouette. C’est vrai qu’on s’est beaucoup vu. On a tourné un petit peu ensemble et il y a des affinités qui se sont nouées. Je pense notamment à Pauline Delabroy-Allard, avec qui je m’entends super bien.. à Eric Fottorino, Nicolas Mathieu aussi, Daniel Picouly et Guy Boley.
Et puis après les rencontres avec les lycéens, c’est hallucinant parce que c’est à ce moment-là que j’ai mesuré le succès du livre. Vous, les lycéens, vous avez des réactions qui sont super spontanées et c’est super chouette. Vous dîtes exactement ce que vous pensez. Je n’ai jamais reçu autant d’amour que dans ces rencontres là. En librairie ce n’est pas la même chose, c’est chouette aussi mais ce n’est pas la même chose. C’est vraiment le côté chaleureux des rencontres et c’est super vivant.

Pourquoi des bêtes dans votre roman, quelle est la signification ?

« Je crois que je parle de notre bestialité à nous et c’est rigolo parce que je me rends compte maintenant que j’ai écrit quelques trucs, que c’est un peu un fil rouge à travers mes histoires. Dans ma pièce de théâtre qui s’appelle Bonobo Moussaka, les animaux sont très très présents aussi. Je fais des analogies entre les gens et les animaux : « Ah oui tiens, ça c’est un labrador » Donc, je m’interroge beaucoup sur notre animalité. Qu’est-ce qu’on en fait ? Qu’est-ce qu’elle représente ? Est-ce que c’est quelque chose de négatif ? Est-ce qu’on doit chercher à l’annihiler. Moi, je ne pense pas. Je pense que c’est quelque chose juste à apprivoiser, la laisser s’exprimer d’une façon positive et l’empêcher de s’exprimer de façon négative. C’est vraiment juste une énergie qui nous habite et ce qu’on en fait derrière. Dans le bouquin, en effet, il y’a la hyène qui est super présente. Il y’a les animaux en tant que tels, les animaux personnages comme Dovka qui est très présente. Les boucs aussi, et puis c’est rigolo c’est aussi des choses que j’analyse à posteriori. C’est rigolo parce que là en vous le disant, je me dis « tiens les boucs, c’est quand même la représentation de Satan aussi. » Donc, c’est ça : la bestialité, le mal, nos instincts sauvages, nos instincts sanguinaires, ce qu’on va en faire. »
Les animaux ont toujours été présents dans ma vie et donc forcément ils sont dans mes histoires, parce qu’ils m’entourent et parce qu’ils m’habitent. »

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre là ? Comment ça a commencé ?

« Alors, à la base, je me suis dis que j’avais envie d’écrire une histoire et j’ai tout de suite eu l’accident du glacier qui est arrivé, un peu comme ça. Et, à partir de là, je me suis dis : Tiens, c’est intéressant ; Comment ces deux enfants vont grandir avec cette image là en tête ? Comment on se remet d’un traumatisme ? Comment est-ce qu’on apprivoise l’irruption de la mort ? Et surtout la conscience que la mort peut faire irruption à n’importe quel moment dans notre vie. Et, la mort dans sa représentation la plus horrible, là en l’occurrence un visage qui explose, c’est terrible. Donc, je me suis dis : Tiens voilà, comment on réagit ? Et ces deux petits là, qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Comment ça va évoluer et à partir de là, je suis juste le fil et je suis ma petite héroïne et je l’accompagne. Puis je vois ce qu’elle a à m’offrir. »

Votre manière d’écrire a t-elle évoluée ?

« Oui, bien sûr. Effectivement, il y a un savoir-faire qui s’installe et j’ai aussi appris énormément en travaillant avec mon éditrice. Elle m’a renvoyé mon manuscrit, comme vous, lorsque vous pouvez recevoir vos rédactions annotées et corrigées. Et en fonction de ces corrections, c’est vrai qu’il y a des automatismes. Maintenant il y’a des erreurs de débutante que je ne fais plus. Donc oui, il y a une évolution. Ce qui est super agréable parce que ça veut dire aussi que je sais que mon deuxième roman sera meilleur que La Vraie Vie. J’’en ai vraiment envie parce que je vois toutes les imperfections. Rien n’est jamais gagné non plus ! »

Lors d’une interview, vous nous aviez confié que vous écriviez de manière assez instinctive, donc on se demandait : est-ce que vous pensez que c’est un talent où vous avez plutôt appris à suivre votre instinct ?

« Je ne crois pas beaucoup au talent, honnêtement, je ne crois pas à l’inné en règle général. Je crois que tout s’acquiert. Après effectivement, suivre son instinct, ça a été un vrai apprentissage pour moi. A la base, je suis quelqu’un de plutôt cérébrale, et j’ai tendance à plutôt intellectualiser les choses. Et puis, je crois que l’école nous apprend à intellectualiser les choses et nous apprend finalement assez peu à suivre nos tripes et à être en connexion avec notre corps aussi simplement. Vous vous asseyez 8 heures par jour derrière un bureau et donc ça, c’est quelque chose que j’ai vraiment du désapprendre, et je pense que je suis loin de l’avoir encore vraiment bien désappris, mais c’est l’improvisation qui m’a aidé. J’ai commencé l’improvisation quand j’avais 15 ans, et on me disait tout le temps : « Arrête d’intellectualiser, arrête d’être cérébrale comme ça » Et, ça reste toujours un effort pour moi, mais un moment, voilà, il faut arrêter de vouloir avoir des idées. Arrêter de se dire : « Tiens, qu’est-ce que je vais construire comme histoire ? » Il faut y aller et puis voilà. L’improvisation, c’est vrai que c’est formidable parce que que ça permet de l’exercer aussi dans son corps. Et puis, en improvisation, on n’ a pas le choix, en écriture on peut toujours s’arrêter et se mettre à réfléchir. Si on fait ça, on arrête de jouer et le public s’en va donc il faut arrêter. »

Lauriane et Manon du comité de rédaction