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Interview de Thomas Reverdy - Journal du Goncourt des lycéens
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Interview de Thomas Reverdy

vendredi 30 novembre 2018Comité de rédaction

Deux rédactrices du journal du Goncourt des lycéens ont interviewé Thomas B.Reverdy.

Pourquoi avoir fait le choix de rythmer votre roman avec des titres de musique ?
« C’est venu comme ça, pendant l’écriture il fallait que je trouve un truc pour être dans la même énergie, dans la même ambiance que les personnages et c’était très difficile de le faire avec des images. C’était dur parce que les images de Londres, il y a 40 ans, ne ressemblent pas du tout à celles d’aujourd’hui. Moi, je connais Londres d’aujourd’hui, donc quand je voyais les cartes postales avec les punks, les rues délabrées et les immeubles défoncés ça ne me disait rien. En revanche, la musique oui.
Donc pendant un an, un an et demi, je me suis fais une playlist uniquement d’albums pressés en Angleterre et je n’ai écouté que ça. Je me réveillais avec de la musique de 1979. C’était génial car au bout de deux ou trois accords cette musique est super identifiable. On sait tout de suite où on est et c’était ça qui me mettait dans l’ambiance des personnages. »

Que représente ce roman pour vous ?
« C’est sans doute mon roman le plus politique. Ce n’est pas le plus ancré dans la réalité sociale, ce n’est pas ça la politique. C’est le plus politique directement parce que je m’en prends à Thatcher. C’est une figure politique encore aujourd’hui. Les gens de droite, la droite libérale française comme François Fillon quand il faisait campagne, il citait Thatcher dans ses discours. Donc, c’est une figure dont on peut se réclamer aujourd’hui ou que l’on a envie de combattre encore aujourd’hui. C’est mon livre le plus politique, parce que c’est un livre qui dit le combat politique. La jeune comédienne, elle rêve de se faire une place et c’est pas facile de se faire une place quand on nous dit que la société est verrouillée, hiérarchisée. Mais l’art, et c’est pour ça qu’elle veut devenir comédienne, et que moi j’écris, c’est transgressif. Ça permet de transgresser les classes. Quand j’ai gagné le prix Interallié, le président de la République Monsieur Macron, m’a envoyé une lettre alors qu’on est pas né du même côté de la fortune. Et donc mon roman est très politique de ce point de vue là. Et puis aussi, dans ces relations avec les mecs, quand son patron essaie de la tripoter, c’est politique aussi parce que c’est une relation de pouvoir. Ce que je veux dire c’est qu’elle a le droit de résister et puis il faut qu’elle résiste. »

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans les rencontres ?
« C’est plus les rencontres individuelles, c’est plus ce qu’il se passe après et c’était peut-être particulièrement vrai cette année. Moi, j’ai l’impression que le prix Goncourt des lycéens a pris de l’importance économiquement. Du coup, les éditeurs poussent les auteurs à faire le maximum de rencontres. A priori, c’est très bien pour vous sauf que les éditeurs disent aux organisateurs « attention, je veux que mon auteur parle autant que les autres". 
Du coup, on vous parle 10 minutes alors qu’on voyage en train parfois pendant 8 heures, c’est moins qu’à la télé. Puis, les rencontres dans les grandes salles, elles ne sont pas très intenses en émotions. En revanche, quand on a la chance de vous rencontrer individuellement, pour une dédicace ou même dans un couloir, un petit instant souvent, là il se passe quelque chose. C’est à ce moment là que je me rends compte que mon livre a pu changer des vies . »

Avez-vous été déçu de ne pas avoir remporté le prix Goncourt des lycéens ?
« Non, je ne peux pas être déçu d’un truc pour lequel je n’ai pas concouru. Je n’ai pas envoyé de CV, je n’ai pas non plus passé d’oral. Ce n’est pas un entretien d’embauche non plus. Ce n’est pas un concours mais un Goncourt, j’ai juste eu la chance d’être sélectionné. Les raisons de l’avoir ou de ne pas l’avoir sont toujours de bonnes et de mauvaises raisons. Et puis on n’écrit pas pour ça de toute façon. »

Est-ce que l’écriture représente un besoin pour vous ? Si oui, pourquoi ?
« Oui, parce que ça fait partie des rares activités où je me sens heureux, je suis auto-suffisant, c’est une bonne solitude, c’est une solitude peuplée d’êtres imaginaires. Je fais remonter mes émotions et je m’en sers.

Que retenez-vous de l’aventure du Goncourt des lycéens ?
« C’est peut-être parce que j’ai deux casquettes, écrivain et professeur mais moi ce que je veux en retenir, c’est quand même le sentiment que ça vous sert, que vous le faites avec joie et que vous vous investissez là-dedans que vous le prenez en charge et du coup ça vous transforme en lecteur. En vrai lecteur, vous êtes capable d’avoir des goûts et de faire des choix. »

Est-ce que vous pensez à un public particulier quand vous écrivez ?
« Ah non, quand j’écris je ne peux pas prendre en compte un type de lecteur. C’est vrai qu’il y a un lecteur. Quand j’essaie de faire un effet comique, c’est pour moi ! c’est pour me faire rire à l’intérieur et quand je fais une évocation un peu lourde un peu triste, je suis capable de me faire pleurer. C’est plus une recherche comme un acteur parce qu’il s’adresse à un public. Mais quand il travaille son rôle, il n’y a pas de public, il va chercher les émotions. Et puis ensuite, ça devient une sorte d’interface parce que le lecteur met ses émotions, il les intègre à son expérience, à lui. On fait tous les deux ça, le lecteur et l’auteur de chaque côté de l’interface. »

Manon et Lou-Anne du comité de rédaction