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Oublier de regarder les choses - Journal du Goncourt des lycéens
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Oublier de regarder les choses

lundi 13 novembre 2017Comité de rédaction

Sam du lycée Jules Ferry (Paris) fait une lecture détaillée de Summer de Monica Sabolo.

Dans ce livre, une adolescente nommée Summer disparaît lors d’un pique-nique entre amis. Pendant des semaines tout le monde la cherche, proches, polices, inconnus... Pour la famille de la victime issue de la bourgeoisie, c’est une tragédie, le père avocat est admiré de tous. Ses collègues et amis se divisent en deux groupes : certains lui tournent le dos, d’autres compatissent.

La mère, courtisée par les hommes et enviée par les femmes se retrouve seule, traitée de folle et se renferme sur elle-même. Le plus affecté est sans aucun doute son petit frère Benjamin. Adolescent perturbé vivant dans l’ombre de sa sœur qui est une jeune fille sublime, sûre d’elle avec énormément d’amis. Lui n’a que peu d’amis, voire pas du tout. Pendant quelque temps, il se réfugie auprès des meilleures amies de sa sœur... qui finissent par l’abandonner aussi.

Ce livre est intéressant pour les raisons suivantes :
Benjamin qui est le narrateur (39 ans), cherche des réponses sur cette tragédie qui a eu lieu il y a 24 ans. Il avait alors 15 ans, et cette enquête lui permet également de comprendre des choses sur lui-même, sur sa propre histoire personnelle.
Devenu asocial sans amis, fumant des joints, voyant un psy... il ne cesse de refaire le film de sa vie. Il a des flashbacks provoqués par des éléments du quotidien. Par exemple, lorsque 10 ans après la disparition de sa sœur il retourne sur les lieux du drame pour la chercher, il se souvient de Summer, qui avait perdu un bracelet. Pendant des heures, elle le cherche partout jusqu’à en devenir folle sans résultats. Des semaines plus tard, elle le retrouve subitement « comme s’il l’appelait ». Benjamin attend que sa sœur « l’appelle »…

Cet ouvrage est perturbant car le cadre « spatio temporel » varie sans cesse :
Tantôt le narrateur parle dans le présent avec son psy à 39ans, tantôt il en a 7 et observe d’un coin de la pièce la réception de ses parents ,en admiration devant ces derniers. Tantôt il en a 15 et fume un joint avec son (seul) ami sur le canapé de ses parents, tantôt encore 10 regardant sa sœur se baigner dans le lac avec ses amis tandis qu’il reste cloué sur sa chaise par sa peur de l’eau, ou encore 20 dans le lit d’une jeune femme..
Benjamin est persuadé que sa sœur est au fond du lac Léman (en Suisse où se déroule l’histoire), et il ne cesse de faire d’étranges rêves mettant en scène sa sœur dans des situations étranges « cette nuit, j’ai rêvé de Summer dans sa chemise de nuit (...) depuis quelques temps, elle m’apparaît dans une forêt ou la végétation semble perpétuellement humide (...) Elle fait face à deux grands oiseaux... je sais que ce sont nos parents... » Ces rêves montrent que Benjamin est perturbé par cette disparition. D’autres fois il l’imagine au fond du lac endormie, entourée de poissons. Le lac devient pour lui un lieu sombre et hostile rempli de monstres.
On se met à la place de Benjamin lorsqu’il apprend que sa sœur n’est pas morte mais qu’elle préfère rester cachée : Cela le plonge dans un état de sidération. Lorsque sa mère lui révèle la vérité sur toute l’histoire de sa disparition, il est forcé de reconsidérer ce pique-nique, ces 24 dernières années. Une autre perspective s’ouvre à lui, sa vie se positionne sous un nouvel angle auquel il n’avait pas pensé.

En conclusion, ce rebondissement montre que parfois, nous pensons avoir des certitudes sur beaucoup de choses, mais nous « oublions » de regarder les choses sous un angle différent. Je mets « oublions » entre guillemet car parfois, cela est plus facile d’accepter des choses avec des certitudes que de tout remettre en question, d’avoir des doutes et d’affronter la vérité.

Sam Teboul

Illustration : secondes du lycée du Parc des Chabrières, Oullins