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TIENS FERME TA COURONNE dans un dialogue du lycée Germaine Tillion

samedi 11 novembre 2017Comité de rédaction

Deux élèves du Lycée Germaine Tillion de Montbéliard, nous font le plaisir de découvrir le livre Tiens Ferme Ta Couronne par une critique littéraire sous forme de dialogue ! Plutôt original ! Très agréable à lire, bonne lecture !

Laury et Alexandre ont été marqués par un écrivain singulier : Yannick Haenel.

Alexandre : « TFTC » est le récit de Jean, un homme de 50 ans vivant à Paris, qui a écrit un scénario sur Melville, l’auteur de Moby Dick. Persuadé que ce scénario sera un succès au cinéma, il rencontre des producteurs qui lui disent tous la même chose : ce scénario est un désastre !

Laury : Oui et la question que l’on se pose est « Comment un protagoniste à la vie aussi pathétique peut-il devenir si attachant au fur et à mesure de la lecture ? ». Parce que ce scénariste, fasciné par la vie du célèbre Herman Melville au point d’en écrire un scénario de sept cents pages ( The Great Melville ), tente de rencontrer le réalisateur américain Michael Cimino dans l’espoir qu’il retienne son manuscrit. Et à travers cette intrigue, plein de petites histoires s’ajoutent. On rencontre le dalmatien Sabbat, Cimino, Tot ou encore Macron en maître d’hôtel, Isabelle Huppert au restaurant…

Alexandre : Ce livre est très prenant car c’est une histoire assez « décalée ». On suit une partie de la vie d’un homme qui se dit « fou » dès la première phrase, auquel il arrive des aventures incroyables pendant qu’il essaie désespérément d’apercevoir le daim blanc, « sa version de la vérité ».

Laury  : En effet, on a réellement l’impression de lire le journal intime d’un homme obsédé par chaque chose qu’il entreprend, un homme qui peut pencher assez vite vers la dépression et dans une solitude volontaire… « J’aime que mes journées soient complètement vides. » dit le protagoniste. Et cet apparent « rien » produit des situations invraisemblables et aboutit à un roman démentiel ! Haenel pousse à fond la folie de son personnage... Oui, Jean, qui se définit comme fou dès la première phrase : « A cette époque, j’étais fou. »

Alexandre : Yannick Haenel a une écriture simple, moderne, qui donne envie de lire ce livre. On éprouve beaucoup de sentiments au cours de la lecture. On prend pitié de la situation désespérée du personnage (il survit avec seulement quelques bouteilles et canettes dans son frigo ou avec le Macdo de la porte de Bagnolet) et puis, 5 pages après, on sourit en découvrant toutes les mésaventures qui lui tombent dessus sans lui demander son avis (il se fait houspiller par la concierge de son immeuble, chasser d’un restaurant, il perd le chien de son voisin…).

Laury : On peut rajouter que le livre est instructif, permet de découvrir d’autres œuvres. On y retrouve beaucoup de références culturelles, littéraires et cinématographiques ou encore picturales et musicales. L’auteur répète sans cesse une liste d’écrivains (exemple : « Melville, et aussi Kafka, me disais-je, ou Lowry ou Joyce : oui, Melville, Kafka, Lowry, Joyce, très exactement ces quatre-là, et je répétais leur nom à mes amis et aux producteurs que je rencontrais »). Il évoque aussi ce film culte qu’il regarde en boucle Apocalypse Now ou encore les films de Michael Cimino, par exemple, Voyage au bout de l’enfer ( « mais dont le titre original est The Deer Hunter, c’est-à-dire le chasseur de daim. »). Le personnage nous parle même d’un tableau de Rembrandt : Le Cavalier Polonais (« j’associe ce tableau, comme vous savez, au daim effarouché de la vérité selon Melville »). C’est à travers ces nombreuses références qu’on en apprend beaucoup sur Jean…

Alexandre : D’autres passages sont marquants car ils nous ramènent sur terre en nous montrant les horreurs passées et actuelles de notre monde, celles que tout le monde tente d’oublier mais qui sautent aux yeux. Par exemple, la « croisière » de Jean et Cimino autour de la statue de la liberté. Le flambeau représente l’illumination et la raison mais lorsque les deux personnages passent à côté, la statue de la liberté, ce symbole de la raison et de l’espoir brandit une épée ! Ensuite, un chapitre situe le héros en plein attentat et puis il rencontrera deux jeunes migrants chassés du cœur de Paris.

Laury  : A travers l’histoire, on voyage également. On passera ainsi d’Ellis Island au Musée de la Chasse à Paris, de Diane et Actéon au lac de Nemi en Italie, de Cimino, Coppola et Lynch à Rembrandt et au Retable d’Issenheim.

Alexandre : L’auteur n’explique pas directement le sens des événements dramatiques, réels ou fictifs, mais il nous donne envie de chercher et comprendre.

Laury : Il n’explique pas mais offre sa vision du monde. Yannick Haenel confirme avec Tiens ferme ta couronne qu’il fait partie des rares romanciers visionnaires, qu’il sait partager sa vision pertinente et touchante avec originalité.

Alexandre : Après lecture, on se rend compte que ce roman traite de sujets profonds et qui nous concerneront toujours comme la guerre, le terrorisme, le racisme… il nous aide à nous faire notre propre opinion du monde dans lequel nous vivons en nous montrant une autre version de ce dernier, tantôt merveilleuse et drôle, tantôt cauchemardesque et invivable.

Laury : Après lecture, on se rend compte que chaque personnage est finalement un « looser ». Ils ont chacun à un moment ou un autre raté leur vie, ce qui pourrait rendre l’intrigue absurde... Mais le fait qu’il y ait ces personnages-là est complètement volontaire. Yannick Haenel a dit : « J’ai toujours trouvé les loosers magnifiques ». Malgré tout ce qui arrive à Jean dans ce récit, un nouveau projet s’offre à lui à la fin du livre. Et si l’on sait qu’il sera sans doute voué à l’échec, on est sûr également que l’important n’est pas forcément dans le résultat, qu’il s’agit d’abord, quelle que soit la vie de chacun, d’essayer sans relâche, avec persévérance. De tenir ferme notre couronne !