Warning: file_get_contents(/proc/loadavg): failed to open stream: Permission denied in /home/www/clemibretagne/www/JDGL2017/config/ecran_securite.php on line 378
Critique de L’ART DE PERDRE par Mathilde du lycée de Haute Auvergne de (...) - Journal du Goncourt des lycéens
bandeau site
Journal du Goncourt des lycéens Envoyez-nous vos contributions ici :
jdgdl2017@ac-rennes.fr

Critique de L’ART DE PERDRE par Mathilde du lycée de Haute Auvergne de Saint-Flour"

lundi 9 octobre 2017Comité de rédaction

Voici ce que Mathilde du lycée de Haute Auvergne De Saint-Flour pense du roman L’art de perdre de Alice Zeniter racontant la guerre d’Algérie. Un livre historique mais qui, comme le dit Mathilde, tient une réalité ensanglantée entre ses pattes ...

Trois générations, trois combats, un pays : l’Algérie

Tout commença par un « homme-montagne » qui reçut le cadeau de sa destinée des bras de la rivière. Si l’époque avait été autre, Ali aurait été le « roi-montagne » mais cette histoire ne peut se construire avec des « si ». Elle s’écrit à coups de fusil, de larmes et de non-dits. Donc la vie étant ce qu’elle est, Ali n’est qu’un homme. Il voulait protéger sa famille, son village et ses précieux oliviers mais la gueule affamée de l’Histoire l’aura avalé comme tant d’autres. Lui et son histoire. C’était un harki.
Et c’est précisément cette histoire, qui marche dans l’ombre terrifiante de l’Histoire, qu’Hamid voudra tenter de fuir et que Naïma s’efforcera de reconstituer. Seule, elle assemblera les pièces brisées du puzzle qu’est son pays en entreprenant un travail d’archéologue et de médecin. Elle soigne les non-dits de sa famille et les siens. Et comble le silence qui se transmet de génération en génération.
L’écriture intimiste et poétique d’Alice Zeniter nous fait oublier la dimension historique du roman, genre qu’elle a déjà pratiqué dans Sombre dimanche. Vous n’êtes plus en 2017, assis tranquillement dans votre canapé ou sur une chaise, peu importe, mais en 1954 dans les champs d’oliviers avec du sable dans les chaussures et le Sahara dans le lointain. La sentez-vous monter, vous aussi, cette odeur de peur et de sang ? Le goût amer des larmes d’un pays à jamais perdu ? La romancière en fait déborder de ses pages avec une justesse poignante. Jamais trop, jamais assez peu, on tient en équilibre sur le fil de l’Histoire. Où respirer trop fort signe la fin.
Pendant la lecture, il y a comme un frisson, une sensation de se tenir à côté d’un monstre. Un monstre à trois têtes. Une pour la France, une autre pour le FLN et la dernière pour l’Histoire. Le Cerbère d’une vérité tout sauf glorieuse. Il est là, caché quelque part. Il tient une réalité ensanglantée entre ses pattes. Une vérité que beaucoup voudraient voir effacée et que d’autres voudraient voir éclater. C’est pour ça que ce roman est là, c’est une bombe de sentiments, un « coup » de vérité tiré en pleine tête. On flotte avec les personnages au milieu de cet océan de crainte et d’incertitudes et qui n’est ni Algérien, ni Français. Des flots non cartographiés où guettent des requins de haine et de dédain. Ils sont les naufragés oubliés d’une guerre sans sens. Mais au fond, aucune guerre n’a de sens.
Il n’y a pas de meilleur titre que l‘art de perdre pour un livre où les sentiments des personnages en font réellement un art.

Mathilde